"Sexe, amour et handicap" vu hier sur A2 et qui m’a ému, m’a saisi par son humanité, sa justesse, sa force.
De quoi s’agit-il ?
Des handicapés lourds et de leur souffrance morale due à l’absence d’expériences sensuelles et sexuelles.
Des difficultés de certains handicapés d’avoir droit à une vie sensuelle et amoureuse.
Du retard de la France par rapport à ses voisins allemands, suisses, danois, sur la reconnaissance d’un statut d’assistant sexuel.
En France, la Loi assimile ces personnes à des prostitué(e)s alors qu’elles donnent de la tendresse, des sensations intimes, de la joie.
La Loi assimile ceux qui organisent ces rencontres à des proxénètes (!) alors qu’elles le font avec le plus de désintéressement, de délicatesse et de pudeur possible

Que d’émotion face à la détresse de cette belle femme de 28 ans, dans son fauteuil roulant, qui pleurait en expliquant avoir dû se séparer de son homme, son "prince" comme elle disait les yeux agrandis d’amour.
Son intimité avec lui ne lui avait pas été reconnue car il était handicapé mental.
Les aides soignants de chacun des services (du fait de leurs différences de handicaps ils appartenaient à deux services différents d’un même hôpital) intervenaient constamment dans leur vie intime, dans leurs choix, dans l’expression de leur désir et avaient rendu impossible toute vie intime commune, alors que chacun débordait d’amour pour l’autre.
Elle concluait, désespérée, de sa voix lente et douce, "je suis à nouveau en institution, seule ; mon corps est une coquille dans lequel je suis prisonnière. Aurais-je un jour à nouveau droit à l’amour ?"
Quel immense sentiment de respect face à cette femme radieuse, esthéticienne marseillaise, qui offrait gratuitement ses services de massages intimes aux handicapés.
Il était d’ailleurs très intéressant de noter que le fait de ne plus faire payer ses services, même pas les frais de déplacement, induisait une gêne chez les bénéficiaires, qui n’osaient plus faire appel à elle, de peur de trop la déranger. La relation perdait de son équilibre, alors que cette assistante bénévole ne faisait que se plier aux exigences de la Loi.
Il faut savoir qu’il existe un projet de Loi soutenu par de courageux députés sur le statut de l’assistant sexuel, mais avec, en ce moment, bien peu de chance d’aboutir.
Plusieurs ministres se sont farouchement déclarés opposés à toute avancée dans ce domaine assimilé à de la prostitution donc à quelque chose de "malhonnête" et de "sale".
«…J’y suis rigoureusement, formellement, totalement opposé». «Vous pensez que la ministre en charge du droit des femmes va soutenir un truc pareil?», a t’on pu entendre sur les bancs de l’Assemblée.
Dommage que certains esprits restent encore aussi étroits.
Justement, le témoignage d’une prostituée, allemande je crois, m’inspira également beaucoup de respect.
Elle expliquait qu’elle voulait donner à son "métier" une dimension humaine, qu’elle voulait utiliser son savoir à des autres fins que lucratives, que ces rencontres avec les handicapés étaient les rencontres les plus belles, les plus lumineuses qu’elle pouvait faire.
Puis dans ce documentaire, des témoignages, gais, tendres, émouvants de ces rencontres d’un genre particulier, intime, entre les assistants sexuels et les handicapés. Et des images, belles, magnifiques, pudiques malgré la nudité, images de peaux, de corps parfois abîmés mais qui se découvrent avec tant de délicatesse et d’émotion.
"Avant, j'avais un grand trou noir dans la tête, maintenant j'ai un grand rayon de soleil" disait un handicapé moteur qui avait enfin, au moins une fois avant de mourir, connu la douceur des bras et les caresses d’une femme.

Merci à Jean-Michel Carré d’avoir réalisé ce film courageux à mettre entre toutes les mains adultes.




























Images du film
Ndlr : ne trouvez-vous pas que l’héroïne a des airs de Miss Peel (la teinte de la chevelure en moins)
Couloirs de l'exposition








